La Chanson du Confiné

je m’isole
dans ma geôle
je m’emprisonne
parle à personne
je m’embastille
me recroqueville
je mets les verrous
bouche les trous
je me cloître
je me claustre
je m’enferme
gare aux germes !

je télétravaille
mes circuits déraillent
vidéoconférence
ça fuse en tous sens
captures d’écran
personn’ se comprend
j’écoute les infos
ils sont parano
c’est la psychose
le coronachose
parti de Chine
jusqu’aux Malouines

je flippe un max
en voyant ces masques
étrange carnaval
les stats s’emballent
combien de victimes
c’est un mauvais film
merci les infirmiers
soldats sans boucliers
courageux fantassins
et vous les médecins
merci les couturières
les livreurs les caissières

je surf’ sur Internet
je fais des emplettes
la Fnac Amazon
bazar énorme
je chatte
sur WhatsApp
je skype
je discutaille
j’instagram
c’est lent ça rame
un peu de Facebook
formidable souk

le coronamachin
il est malin
c’est une vedette
sur le Net
les morts défilent
bientôt cent mille
dans ce pauvre monde
macabre décompte
suis sur les genoux
quel jour sommes-nous
le temps s’allonge
l’ennui me ronge

j’écoute Chopin
Schubert Vivaldi
Bach Brahms Verdi
je relis Tintin
Barjavel Camus
j’avale en plus
des encyclopédies
d’astronomie
des guides de voyage
pleins de belles images
pour l’année prochaine
après la quarantaine

mon chien dans son fauteuil
m’observe d’un œil
file sur la terrasse
une ambulance passe
quand je le promène
au parc Duden
ses amis clébards
trouvent ça bizarre
pourquoi les maîtres
ont une muselière
pourquoi ils s’évitent
et marchent si vite ?

ma femme cuisine
lit passionnément
d’énormes romans
des magazines
des livres d’art
elle prend du Zaldiar
je sors le Dyson
mon arme gloutonne
virus fais gaffe
que je t’attrape
je mets le turbo
je t’aspire illico !

voilà mon smartphone
qui sonne
c’est toi maman
quatre-vingt-cinq ans
comment tu vas
j’ai peur pour toi
tu es loin tu es proche
tu t’accroches
seule dans ta maison
tu tiens bon
tu n’es pas morte
tu es si forte !

je mange sur le pouce
des sushis du couscous
des plats exotiques
je rêve des Tropiques
plage et bermuda
pina colada
swimming pool lambada
je bois du rhum
ma drogue mon sérum
je me gave de sucre
pour oublier ce truc
le coronatruc

je suis confiné
comme un fœtus
au fond de l’utérus
comme un nouveau-né
dans son berceau
dans un ventre chaud
je vois les oiseaux
le ciel tout bleu
les chiens joyeux
je t’attends, virus
coronamachin
j’suis pas un minus
j’ai peur de rien

je tourne en rond
dans ma maison
je suis prisonnier
comme un poisson
dans son casier
comme un oisillon
dans sa coquille
comme une chenille
dans son cocon
comme un con
un condamné
un confiné

avril 2020.

ce poème participe au concours de Librinova : Journal de bord du confinement

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