Cendrillon

d’après Rossini et Charles Perrault

L’une est petite, blonde et, soyons juste : grasse.
L’autre, brune, très grande et, disons-le net : maigre.
Elles vont, se croyant belles, la mine lasse,
Balançant leurs bijoux, parlant de leurs voix aigres.


Elle chantent, et leurs cous tremblent, et leurs lèvres
S’ouvrent, immensément, et leurs longues dents brillent.
Valsant, dansant, leurs corps s’élèvent, pleins de fièvre,
S’envolent dans les airs… tombent, comme des quilles.


L’une cligne des yeux – voyez comme elle louche !
L’autre, pour mieux séduire, ouvre très grand la bouche
– Ne devine-t-on pas des caries gigantesques ?


Quand Cendrillon paraît, gracile demoiselle,
Le prince, émerveillé, s’incline devant elle
– Et geignent les deux sœurs, ridicules, grotesques.   

1994.

Le Barbier de Séville

Rossini, l’Italie et sa douceur de vivre,
Les petites maisons blanches sous le soleil,
Les vignes d’où l’on tire un vin tendre et vermeil,
Qui se boit lentement, et qui ne rend pas ivre.

 

À Séville la fière, à Séville la belle,
Le comte Almaviva chemine, avec lenteur ;
Il avance à petits pas, triste, et la douleur
Allonge son visage et noircit ses prunelles.

Dans sa boutique fraîche, en la rue animée,
Figaro le barbier déclame son bonheur
Tranquille et simple : il rase, il coiffe, dans l’odeur
Légère de la mousse et de l’eau parfumée.

Rosine, de sa chambre, écoute la chanson
Heureuse du barbier : elle rêve au balcon,
Et l’amour, dans son cœur, est un vague délire.

À Séville la fière, on entend bien des rires,
Des chants joyeux, des cris :  le comte se marie,
Et Rosine, à son bras, se tient, toute jolie.

1991.

 

Barbier_de_Séville 2

Barbier_de_Séville
Dessin de Frederic Sorrieu représentant le chanteur Salvi dans le rôle du comte Almaviva. (Bibliothèque de l’Opéra, Paris.)