Falstaff

Un temple où la divine et folle comédie
De la vie avec faste et fracas retentit,
Parmi les courtisans et les bouffons : Verdi,
La passion, la mort, la noble tragédie.

 

C’est une auberge où l’on boit et parle beaucoup.
On entend des marins et des fumeurs de pipe ;
Ceux-ci chantent, ceux-là jurent, d’autres s’étripent,
Et cette engeance-là boit du vin, sans dégoût.

Parmi tous ces noceurs, l’un conte ses exploits
À qui veut l’écouter ; c’est un gaillard immense,
Et son ventre est si gros qu’on croit voir la panse
D’un cochon ! C’est Falstaff et l’on dirait un roi.

Ce n’est pas dix, ce n’est pas cent, mais c’est bien mille
Femmes que ce vantard a mises dans son lit !
Combien de cœurs trompés, pour combien de maris ?

Pauvre Falstaff, pour qui tout semble si facile…
Ne voit-il pas que plus personne ne le croit,
Sauf des enfants rieurs qui le montrent du doigt ?

1992.

Shakespeare,Heinrich IV. / Gr¸tzner - Shakespeare / Henry IV / Gr¸tzner - Shakespeare, William
Eduard von Grützner, Falstaff
Verdi Falstaff
Eduard von Grützner, Falstaff, un verre de vin d’Espagne à la main

Le Trouvère (inspiré de Verdi)

Au balcon de sa belle, il chante sa chanson,
Fraîche et vive, qu’un peu de brise, une embellie,
Emporte auprès de la jeune fille endormie,
Frémissant dans un rêve aux sublimes visions.

Elle voit des oiseaux de printemps, des pinsons
Aux plumages soyeux, des colombes jolies,
Qui viennent et qui vont dans sa chambre, étourdies
– Et le soleil d’été dore ses cheveux blonds.

À sa fenêtre en fleurs, Manrico le Trouvère
Chante et chante et les plus fragiles primevères
S’entrouvrent doucement, exhalant leurs senteurs.

Chante donc, Manrico, chante les aventures
D’un joyeux troubadour, chante tout ton bonheur,
Et porte ta chanson, bien loin, dans la nature.

1990.

 

http://data.abuledu.org/URI/5060e5ce
John William Waterhouse, Trouvère contant le Décaméron
Verdi Le Trouvère
Edmund Blair Leighton, Tristan et Isolde

Un Bal Masqué (inspiré de Verdi)

Dans la salle de bal, une troupe de masques
Se mêle, se mélange et valse et va et vient,
Sur un rythme incertain, farandole fantasque,
Frissonnant dans la brise aux baisers aériens.

Ô les bergères chics, ô les petits barons,
Qui s’avancent et qui reculent, tous ensemble,
Découvrant le velours chatoyant des plastrons,
Ô ces chiens et ces chats, ces loups qui se ressemblent !

Avec un manteau blanc, fourrure et griffes grises,
Un grand chat s’est penché sur sa pâle marquise,
Et met sa main dans sa patte, amoureusement.

Soudain, le joli chat frémit, tourne la tête,
Et glisse au sol, parmi les ducs, les chambellans,
Qui regardent couler son sang sur la moquette.

1992.

 

Un Bal Masqué
Chœurs et Orchestre de Opera 2001

Aïda (Verdi)

Sous le temple d’Isis, loin de toute lumière,
Radamès est couché, les yeux perdus dans l’ombre.
Quel silence, quel calme, en la douce pénombre !
Rien ne trouble la paix de ce tombeau de pierre.

Allongé dans la nuit, Radamès se souvient…
Les combats glorieux, les oriflammes d’or,
Les tambours, les buccins, les trompettes, les cors,
Le triomphe, au soleil, sur un charroi d’airain !

Auprès de Radamès, une forme gracile
Respire faiblement, et son souffle fragile
Parfume le tombeau comme un baiser de brise.

Dans la prison de roche, en la nuit la plus grise,
Le prince Radamès voit briller, sous un voile,
Les yeux sombres d’Aïda, lumineuses étoiles.

Jean-Paul Labaisse 1991.

 

     

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La Traviata (Verdi)

C’est une courtisane, aux amours éphémères
Et multiples; dans son salon, elle reçoit
Des étudiants joyeux, de vifs quinquagénaires,
Des barons, des médecins, des hommes de loi.

Il en est un plus jeune, et moins bête, et plus beau
Que ses soupirants d’un jour : cet ange s’appelle
Alfredo, il a des mains de femme, une peau
Blanche et fragile, une bouche aux lèvres charnelles.

Brusquement, Alfredo la quitte ; il fuit la ville,
L’abandonnant à sa vie frivole et facile…
Elle pleure longtemps l’amant indélicat.

Dans sa poitrine frêle, une douleur grandit,
Et lui mord le cœur, pendant que s’épanouit
L’odeur douce, l’odeur fade des camélias.

Jean-Paul Labaisse 1991-2009.

                                                   

 

la traviata 3

 

la traviata 2