Oncle Roger

Oncle Roger avait des cheveux bien peignés,
Les yeux clairs ; il portait une belle chemise,
Une cravate au nœud un peu lâche ; sa mise
Était celle d’un jeune homme plutôt soigné.


Il parlait d’une voix hésitante, cherchant
Ses mots, et répétant dix fois la même chose ;
Personne n’écoutait son ennuyeuse prose…
Son regard était doux, son sourire attachant.


Et moi, je l’observais, intrigué, dans mon coin,
Surpris de voir ses yeux si bleus se perdre au loin…
Qui pouvait se cacher dans ce grand corps d’adulte ?


Quel enfant de trente ans, quel petit garçon sage
Vivait ainsi, tranquille, à l’abri des tumultes,
Dans ce jardin au ciel sans pluie et sans orage ?


mars 2021.

Oncle Roger, à Jodoigne, en 1967

Tante Margot

Je n’ai pas oublié, chère tante Margot,
Ton accueil chaleureux quand on rentrait d’Afrique ;
Ravi, je déballais des cadeaux magnifiques,
Des albums de Tintin, des livres, des Lego.

Je me souviens, vois-tu, de séjours merveilleux
À Westende, à Nieuport, sur ces venteuses plages
Où le ciel si souvent se couvrait de nuages ;
Mais le soleil brillait chaque jour dans tes yeux…

Tu sommeillais, plus tard, au fond de cette chambre
Que baignait doucement la clarté de novembre ;
Je te prenais la main, nous faisions quelques pas.

La nuit, je pense à toi, tante Margot si chère ;
Je vois briller tes yeux, j’entends, brise légère,
Ta voix me murmurant bien des choses, tout bas.

juillet 2020.

Tante Margot

Apollo XI

La lune se dévoilait dans le ciel radieux.
Là-bas, très haut, très loin, dans l’espace et le vide,
Deux hommes résolus, pionniers intrépides,
Descendaient doucement vers l’astre mystérieux.

Armstrong posait le pied sur le sol poussiéreux,
Faisait ses premiers pas, tel un bambin timide
S’émerveillant d’un monde insolite et splendide…
Près de lui, Buzz Aldrin sautillait, tout joyeux !

Comme ils étaient petits, dans cette immensité,
Sur cette étrange mer de la Tranquillité
Où s’étalaient sans fin cratères et crevasses !

Ils voyaient se lever, dans la nuit la plus noire,
Une boule blanche et bleue, bille dérisoire :
Notre Terre, oasis au milieu de l’espace.

21 juillet 2019,
50ème anniversaire du premier pas
de l’homme sur la lune.

 

Apollo 11
Aldrin photographié par Amstrong (mission Apollo 11)

 

Apollo 11 2
Lever de Terre sur l’horizon lunaire

Apollo 11 3
La Terre, photographiée par Apollo 17

 

Oncle Paul

à mon oncle Paul, 88 ans cette année…

C’est un ogre, un géant, un colosse au grand cœur,
Qui me prend dans ses bras, me soulève, m’emporte,
Comme si je pesais moins qu’une feuille morte,
Me presse contre lui, me serre avec vigueur.

Il a la barbe drue, un torse de catcheur.
Quand retentit son rire énorme, sa voix forte,
Transperçant les plafonds, les murs, la moindre porte,
Les chats et les souris détalent, pris de peur !

À table, il engloutit des plats gargantuesques,
Déchire des chapons aux cuisses titanesques,
Avale bière et vin, dévore les pâtés…

Chaque soir, oncle Paul raconte des histoires,
Des blagues, des récits drôles, jubilatoires,
Dont nul ne sait s’ils sont réels ou inventés…

Jean-Paul Labaisse, septembre 2017.

 

1935 Papa et Paul petits

Mon père, à gauche, et Paul, à droite, en 1935.
Ils ont 6 et 5 ans…

 

1937 paul et papa

Paul (à gauche), et mon père (à droite), en 1937.
Ils ont 7 et 8 ans…

 

Oncle Paul 2

Paul et Hilda, en janvier 2012 (Paul a 81 ans).
Je suis derrière…

 

 

20 rue de Septembre

à mes grands-parents, Juliette et Victor.

 

Je revois la maison, au 20 rue de Septembre,
Son raidillon menant aux rosiers négligés,
Son grenier plein d’objets anciens et mélangés,
Son salon, ses couloirs labyrinthiens, ses chambres.

Les fauteuils sommeillaient, tapis sur le sol sombre,
Et j’entendais gémir un buffet imposant ;
Des masques africains, yeux clos, le front luisant,
Chuchotaient sur les murs indistincts, noyés d’ombre…

J’admirais, exposés dans un désordre étrange,
Des bibelots venant du Brésil, du Congo,
Des lampes du Maroc, des paniers indigo,
Des statues Baluba, des tajines orange.

Un piano traînait dans un bureau sans âge ;
Je m’asseyais, ouvrant le couvercle verni,
Laissant courir mes doigts sur l’ivoire jauni.
Une horloge sonnait, quelque part à l’étage.

Dans la cave brillaient les chromes et les phares
D’une belle Allemande ! On devinait des sacs,
Des pinces, des rabots, des étaux, bric-à-brac
Fameux, trésor d’outils poussiéreux et bizarres…

Bobonne s’affairait, recluse en sa cuisine ;
Lunettes sur le nez, front penché, l’air sérieux,
Grand-père consultait un carnet mystérieux.
Moi, je faisais semblant de lire un magazine !

Je folâtrais parmi les arbres du verger,
Ramassant une pomme, une prune, une poire,
Un beau scarabée à la carapace noire.

Je revenais enfin, sans bruit, le pas léger.
Parrain fermait les yeux, courbant sa tête blanche ;
Grand-mère préparait le lapin du dimanche.

Dans le grenier, j’ouvrais des cahiers, des recueils,
De lourds et vieux albums, des fardes bien remplies,
Reconnaissant Papa sur des photos pâlies !

Mes grands-parents, plus tard, dormaient dans leurs fauteuils ;
Leurs ronflements montaient, envahissaient l’espace !
Bobonne était l’alto, Parrain faisait la basse…

En fin d’après-midi, je foulais le gazon,
Puis me hissais sur la grinçante balançoire,
Allant très haut, heureux comme sur une foire !

Je vous revois, debout devant votre maison ;
Vous me donnez la main, dans la lumière grise,
Et tombe la nuit douce, et se lève la brise…

mai 2018.

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La maison de mes grands-parents, 20 rue de Septembre, à Jodoigne.

 

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Mes grands-parents, en 1947, avec leurs trois fils,
Paul, Roger, et Jean, mon père, âgé de 18 ans.

 

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Mes grands-parents, en 1960, avec Marie-Anne, Michel, et Philippe.

 

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Photo de famille, en 1967, sur le perron de la maison,
avec ma grand-mère, oncle Roger, mes parents, et leurs 5 enfants.

 

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Mon grand-père, en 1991, avec mon père, Philippe, et Maxime…
4 générations réunies ! Victor disparaissait en 1993…

 

 

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Une tête africaine, aujourd’hui chez moi, qui vient de la maison de mes grands-parents.

 

 

 

 

 

Parrain Tracteur

à mon grand-père Alfred, disparu en 1987.

 

Au début de l’été, quand je rentrais d’Afrique,
Je dormais chez Grand-père, en ces moments heureux ;
Sa ferme se cachait au bout d’un chemin creux,
Endroit calme et secret, quelque part en Belgique.

Trônant sur son tracteur, tel un roi magnifique,
Il moissonnait et moi, petit garçon chanceux,
Je rangeais les ballots en faisant de mon mieux ;
Un moineau chapardait, voleur acrobatique…

Dans les prés ruminaient des animaux magiques,
Aux flancs tachés de noir, le museau tout baveux,
Tondant l’herbe, le pis gonflé de lait mousseux,
Vaches que je trouvais ô combien sympathiques !

Quand j’entrais dans la grange, aux sombres murs de briques,
Mes frères surgissaient, poussant des cris affreux,
Me poursuivaient  – le foin volait dans nos cheveux !
La clarté descendait du toit en rais obliques.

Je flânais dans les bois avec Parrain Tracteur,
Observant les bourdons ivres, les libellules,
Les frais coquelicots dans leurs robes de tulles.

Nous marchions dans les champs, cueillant la moindre fleur,
Pissenlits, boutons d’or, liserons, pâquerettes ;
Dans les blés mûrs chantaient de douces alouettes.

Grand-père allait, le front caressé par le vent,
Ses doigts longs et calleux tenant ma main d’enfant ;
Les épis frémissaient, houle blonde et tranquille.

Tes yeux se sont fermés, par un calme matin ;
Mais je te vois toujours, silhouette fragile,
Dans la lumière et l’ombre, à la fin du chemin.


Jean-Paul Labaisse, septembre 2017.

 

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 Bon-Papa Alfred, ou Parrain Tracteur, photographié chez Maman.

 

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La ferme de « parrain Tracteur », vue d’avion.
On distingue la brasserie (en haut à gauche), la grange (à gauche),
le corps de logis (au centre), les écuries et les étables (à droite),
la porcherie (en bas, à droite).

 

 

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photo prise à Jersey, en 2010.

 

 

 

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Westende

Tous les ans, en juillet, nous allions à Westende,
Village se blottissant dans les dunes du Nord ;
On voyait les bateaux qui regagnaient le port,
Des voiliers, des cargos voguant vers la Zélande.

Derrière un coupe-vent s’installait notre bande,
Mes parents, mes cousins, mes sœurs, Parrain Victor ;
Mes frères bâtissaient un gigantesque fort !
J’observais la fumée de la malle d’Ostende.

Le soleil scintillait sur la cité flamande,
Et le sable si clair brillait, poussière d’or !
On devinait au loin la jetée de Nieuport,
Les bunkers oubliés de l’armée allemande.

La bouche barbouillée de brun, mine gourmande,
Un enfant savourait sa crêpe au Pastador ;
Sur la plage courait un jeune labrador,
Parmi les épagneuls, les bergers de Hollande.

Grand-père somnolait, assis dans son fauteuil ;
Un bob sur les cheveux, nous surveillant d’un œil,
Papa lisait Le Soir et La Libre Belgique.

Sous un parasol bleu se prélassait Tonton ;
Et moi, je découvrais Tintin en Amérique,
Le journal de Spirou, les gaffes de Gaston…

D’un sac, Maman sortait des biscuits, des galettes ;
Ma tante découpait un énorme gâteau,
Et chacun se battait pour le plus gros morceau !

Sur le sable mouillé s’endormaient les mouettes ;
J’avançais sur la grève et je flânais, rêvant,
Bercé par la chanson des vagues et du vent.

Jean-Paul Labaisse, octobre 2017.

 

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Les dunes de Westende.

 

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Véronique et Marie-Anne, à Westende.

 

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Philippe et Michel… ils ont bien changé !

 

 

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Marie-Anne, en 1960, âgée de quelques mois…