La Maja Nue (Goya)

Elle est allongée au plus profond des coussins,
Un peu sur le côté, la charmante inconnue ;
Elle montre ses bras blancs, son ventre, ses seins,
Ses jambes en fuseau – elle est tout à fait nue.

Sa peau semble si douce et si doux son bassin…
Ô grâce de son ventre, ô galbe de ses hanches !
Et ses bras frais et ronds, son buste souverain,
Ses chevilles, ses pieds, ses belles jambes blanches…

Son regard est tourné vers toi, ô spectateur,
Ô voyeur ! Et ses yeux noirs savent ton désir,
Et l’émoi de ton âme et l’éveil du plaisir !

Viens… C’est toi qu’elle attend, sans honte, sans pudeur,
En cette chambre obscure, où rien n’est interdit…
Viens, viens vite… Ses bras t’ouvrent le paradis…

Jean-Paul Labaisse 1996.

maya nue

Huile sur toile, 97 x 190 cm
Museo del Prado, Madrid

 

maya habillée

La Maja vêtue
Huile sur toile, 97 x 190 cm
Museo del Prado, Madrid

 

Les Vieilles (Goya)

Les vieilles, au miroir, s’admirent, se contemplent,
En extase devant leurs faces pommadées ;
Elles ont mis fichus et chiffons, nippes amples,
Pendentifs, bijoux faux, toilettes démodées.

Leurs bouches sont sans dents, leurs crânes sans cheveux,
Elles ont un menton qui tremble, un long cou maigre,
Une verrue au nez, de petits yeux fiévreux…
De leurs seins flasques et gris monte une odeur aigre.

O Vieilles ! Au lieu de scruter votre miroir,
D’agiter vos joyaux et vos antiques rêves,
Tournez-vous, un instant : un spectre, dans le noir,

Vous guette, impatient, et son balai se lève…
Vous tomberez, d’un coup, la glace explosera,
Et personne, personne ne vous pleurera…

Jean-Paul Labaisse 1997.

             

Les Vieilles
Huile sur toile, 180 x 120 cm, musée de Lille

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Trois mai 1808 (Goya)

Ils sont cinq fantassins, sur le point de tirer,
Debout, bien alignés, le doigt sur la gâchette,
Le fusil épaulé, la longue baïonnette
Prête à meurtrir, prête à percer, à déchirer.

Il est seul, dos au mur, muet, ne pouvant fuir ;
Cet homme désarmé sait qu’il va disparaître,
Dans la minute, ou dans la seconde, peut-être,
Peu importe l’instant : cet homme va mourir.

Il est seul, ils sont cinq, au moins…il n’a pas d’armes,
Ils ont de bons fusils, avec de bonnes balles…
Il ne peut que prier, verser de vaines larmes.

Cet homme va mourir, c’est chose très banale…
Il est seul, dos au mur, et ses bras s’ouvrent grand,
Et tirent les soldats, sans haine ou sentiment…

Jean-Paul Labaisse 1997.

       

                                                     

 

3 mai 1808

Huile sur toile, 266 x 345 cm
Museo del Prado, Madrid