La Tour de Babel (Bruegel)

 

Au pied de la cité s’élevait une tour
Formidable, accrochant le ciel et les nuages,
Avec des blocs, des mâts, de fiers échafaudages,
Des contreforts, des treuils, des piliers, tout autour.

Les maçons, les tailleurs de pierre, les verriers,
Allaient et venaient dans ce chantier gigantesque,
Dérisoires fourmis, laborieux carriers,
Echafaudant, sans fin, ce monument grotesque.

Et la tour monta, jusqu’aux cieux, jusqu’au soleil,
Jusqu’à Dieu même qui, sortant de son sommeil,
S’épouvanta de cet édifice incongru.

Les hommes, depuis lors, ne se comprennent plus,
Et la Tour, l’orgueilleuse Tour aux mille étages,
Penche, inachevée, au milieu du paysage.

Jean-Paul Labaisse 1995.

 

 

Huile sur bois, 116 x 160 cm
Kunsthistorisches Museum,Vienne

 

 

 

Le Jardin des plaisirs (Bosch)

C’est un jardin rempli de succulentes choses,
Avec des fleurs, des fruits, des étangs, des rivières,
Des parfums entêtants, des musiques légères,
Et des fraises offrant leurs chairs douces et roses.

Ils vont, ils vaquent, innombrables, indécents,
Hommes et femmes mélangés dans l’herbe grasse ;
Ils se touchent, se pâment, s’embrassent, s’enlacent,
Et font des jeux qui ne semblent pas innocents…

Dans l’eau du ruisseau, elles nagent, toutes belles…
On aperçoit leurs longs cheveux, leurs formes blanches,
Leurs seins délicieux, leurs ventres doux, leurs hanches…

D’étranges cavaliers caracolent près d’elles,
Et tournent, tournent, sans fin, sur leurs étalons,
Qui piaffent, hennissent, poussent d’énormes bonds.

Jean-Paul Labaisse 1997.

   

 

Le Jardin des Plaisirs, panneau central
Huile sur bois, 220 x 195 cm
Museo del Prado, Madrid

 

Les Epoux Arnolfini (Van Eyck)

Ils se tiennent la main, debout devant le lit.
Il porte un long manteau soyeux, bordé d’hermine ;
Elle a sa robe verte, avec plis et surplis,
Une coiffe blanche et chaste, en dentelle fine.

Solennel, il étend le bras, mine hautaine ;
Elle a mis la main sur son ventre, déjà rond.
Il paraît sévère ; elle a un air doux et bon.
Ils sont jeunes époux, depuis une heure à peine.

A leurs pieds se tient un petit chien, tout joyeux,
Le poil lisse et lustré, les yeux malicieux,
Qui remue la queue, et que l’on entend gémir.

Dans le fond trône, immense, un lit à baldaquin
– Et ce sera bien bon, de s’en aller dormir,
En ses draps parfumés, sur de moelleux coussins !

Jean-Paul Labaisse 1996.

          

Détrempe à la résine sur bois, 82 x 60 cm
National Gallery, Londres

 

 

La Tempête (Giorgione)

C’est une campagne étrange, en des temps anciens,
Avec un ciel plein d’épais et pesants nuages ;
Peu de soleil, sur ce paysage incertain.
Au loin se lève le vent, et gronde l’orage…

Et ces éclairs, partout, et ce ciel obscurci,
Et ces arbres qui ploient, et ces buissons qui plient !
Est-ce la fin du jour, le début de la nuit ?
Où sommes-nous, Provence, Espagne, Vénétie ?

Il y a cette femme allaitant son enfant,
Paysanne, bohémienne, qui est-elle ?
Son regard paraît un peu triste, comme absent.

Il y a ce soldat, paisible sentinelle,
Attendant calmement que passe la tempête
Sur cette campagne abandonnée, et secrète.

Jean-Paul Labaisse 2006.

 

 

 

Huile sur toile, 82 x 73 cm,
Galleria dell’Accademia, Venise

 

 

Bacchus et Ariane (Titien)

Titien ,la clarté douce de l’Italie,
D’indolentes Vénus aux longs cheveux de lin,
Dans la soie et l’or de palais vénitiens,
Silène et Pan, parmi les bacchantes hardies.

 

Ils viennent, ils vont, à travers bois et chemins,
Les satyres joyeux, les agiles ménades,
Soufflant dans les syrinx, frappant des tambourins,
Et l’on chante et danse, en cette agreste ballade.

On y voit Laocoon, et Silène, et Bacchus,
Et les lutins des bois, et les nymphes malignes,
Sautillant, gambadant sur la mousse et l’humus,
Demi-nus, couronnés de pampres et de vignes.

Sur le chemin paraît la princesse Ariane,
Douce comme Vénus, chaste comme Diane,
Et le vent léger flotte en sa robe et ses voiles.

Bacchus, ivre , troublé, plein d’adoration,
Prend sa couronne, et la jette vers les étoiles,
Très haut, faisant jaillir les constellations !

Jean-Paul Labaisse 1997.

 

 

 

Huile sur toile, 172 x 188 cm
National gallery, Londres

 

 

L’Ecole d’Athènes (Raphaël)

Raphaël, frais dessins, fresques, tapisseries,
Habiles trompe-l’œil où s’entrouvre le ciel,
Madones, chérubins doux, anges irréels,
Qui paraissent dormir, au milieu des soieries.

        

Sur les marches du temple, ils parlent, gravement,
Philosophes, géographes, musiciens,
Astronomes, docteurs, mathématiciens,
Les sages citoyens, les Athéniens savants.

Tous, ils parlent, tous, ils pensent, tous, ils débattent,
Ptolémée, Zoroastre, Euclide, Anacréon,
Le fameux Pythagore, Alexandre et Socrate,
Aristote, tel un dieu, l’immense Platon…

Le coude sur le marbre, yeux fermés, barbe blonde,
Un homme dort, perdu dans ses songes secrets ;
C’est Héraclite, qui fait et défait le monde.

Couché contre le sol, déguenillé, sans gêne,
Un étrange vieillard ne pense pas, se tait,
Indifférent à tout ce bruit : c’est Diogène.

Jean-Paul Labaisse 1997.

 

 

 

Fresque, largeur 7,72 m
Stanza si Raffaello, Vatican, Rome

 

 

David (Michel-Ange)

 

C’est un jeune homme au corps mince et musclé,
Qui se tient debout, la main sur la cuisse,
Traits fermes, regard fier, cheveux bouclés.
Son torse est large et sa peau douce et lisse…

Debout, il s’appuie sur la jambe droite,
Et sa main tient une fronde légère ;
Front plissé, serrant ses lèvres étroites,
Il tourne son cou puissant, œil sévère.

Il attend, debout, corps souple et tranquille,
Ne parlant pas, le regard immobile,
Tenant toujours la fronde meurtrière.

Il est debout, appuyé sur la jambe ;
Dans ses yeux, ses grands yeux pleins de colère,
On voit un feu qui couve et brille et flambe !

Jean-Paul Labaisse 2006.

 

 

Marbre, hauteur 434 cm
Galleria dell’Accademia, Florence

 

 

David, détail

 

Les Noces de Cana (Véronèse)

Véronèse, plafonds et lambris précieux,
Les palais de Venise échappés dans la brume,
Une foule immense aux incroyables costumes,
Toges, burnous, turbans, draps vermeils, brocarts bleus.

 

Ils étaient assis, joyeux, à la grande table,
Les vizirs, les marchands, les riches échevins,
Les ambassadeurs, le Doge, les connétables.
Tous, ils mangeaient, parlaient ; tous, ils buvaient du vin.

Surplis bleus, turbans d’or, robes multicolores,
Habits chic et pimpants, soie, velours, lin, coton…
Passaient d’énormes plats, de luisantes amphores,
Pendant que s’affairaient cuistots et marmitons.

On entendait gémir les luths, les violes lasses,
Les sacqueboutes, les cornets, les contrebasses ;
Des flûtes s’évaporait l’haleine des anges…

Au milieu des prélats, des princes, des seigneurs,
Un homme se tient, droit et calme; il boit, il mange,
Et personne ne voit cet étrange dîneur.

Jean-Paul Labaisse 2000.

              

 

 

Huile sur toile, 677 x 994 cm
Musée du Louvre, Paris